Un soir, les larmes pesaient dans mes yeux rouges, et la pluie avait cessé depuis près d'une heure... Quand le soleil, réaparu pour nous annoncer la nuit, se couche meurtri, les émotions prennent de l'ampleur et sous la voûte astrale et sombre on n'a aucune peur à les montrer. Personne ne les voit. Sauf nous-mêmes. J'ai donc grimpé sur la plus haute branche que je pouvais atteindre d'un arbre mourrant, mais pourtant si beau. Assise, je contemplait les cieux rouges, les yeux perdus, les pensées emmêlées. La fatigue m'accablait, trop de nuits agitées où je ne pus trouver le sommeil... Mes yeux se clorent un bref instant quand une lumière intense, aveuglante qui semblait si lointaine apparut devant moi, à l'extrémité la plus fine de la branche. Elle s'assombrit et pris une forme, on aurait dit une fée ; oui, une fée dont je n'avait jamais connu l'existence auparavant. On aurait dit qu'autour d'elle gravitaient les étoiles. Et ses yeux...noirs comme ceux du corbeau, ils me fixaient, seulement les miens ne sentaient pas son regard de manière superficielle, comme si elle regardait les yeux de mon âme... c'est ça, elle fixait mon âme. Sensation étrange. Sans aucune parole, sans aucun son je l'entendais. Je ne contrôlais plus mon corps, je ne m'occupais plus que d'elle. Mes mains s'actionnaient et gesticulaient, elles tenaient des fils imaginaires et faisaient danser des pantins inventés. En fait, c'est elle qui dansait. C'et elle qui s'épuisait... Pas un filet de vent aucun bruit, nous étions seules, mais flottait autour de nous une mélodie, une berceuse d'abord. Ses gestes étaient si doux si délicats qu'en respirant je craignais de la froisser. Puis le ton devint plus grave, plus fort, plus brutal. Elle se mit à frapper l'air, ses mouvements devinrent brusques, incoordonés, douloureux. Elle pleurait, elle mourait... Mes doigts ne s'arrêtaient pas ils continuaient d'ordonner, elle continuait de les guider. Sa destinée acheverait donc ses derniers mots ce soir? A l'évidence oui. Elle-même se donnait la mort sous mes yeux, elle m'offrait un spectacle unique, magique. Tout autour avait changé : des lumières pâles mais colorées tombaient comme des gouttes de pluie au milieu d'une flaque, la mélodie brutale se ralentissait et s'adoussissait, les feuilles brillaient différement selon la luminosité ou la pénombre. Simplement une oeuvre fantastique, irréelle.
Le soleil illumine toute la vallée. C'est étrange, mes doigts sont pleins de tracent et saignent pas endroit, et j'ai mal au fond de moi. Un vide s'y est creusé, mais où es-tu?